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Comment l’IPTV est en train de bouleverser l’industrie télévisuelle et sportive en France

Le combat des différents gouvernements contre le téléchargement illégal s’est largement accéléré ces dernières années, notamment avec la fermeture de sites tels que Zone-Téléchargement en 2016 ou T411 en 2017. Des sites de streaming ont également été épinglés, nous pensons notamment à RojaDirecta également clôturé en 2017. 

Mais désormais, c’est un autre problème qui émerge depuis plusieurs mois maintenant : l’IPTV illégale. L’Internet Protocol Television permet de bénéficier simplement de milliers de chaînes du monde entier à l’aide d’un simple boîtier auquel on ajoute un abonnement. Une nouvelle méthode qui pourrait à terme faire du mal à des plateformes comme Netflix par exemple. Mais l’IPTV axe principalement son discours et son attractivité sur l’offre sport. En effet, avec l’explosion du nombre de chaînes et l’éclatement des droits TV dans le football, il faut désormais posséder de nombreux abonnements pour suivre son club favori : beIN Sports, Canal+, Canal+ Sport, RMC Sport, Eurosport et bientôt Mediapro… Pour le consommateur, l’IPTV est alors une aubaine à moindre coût.

L’IPTV, c’est quoi ?

Au travail, entre amis, sur internet : le sujet est de plus en plus évoqué. “Tu connais l’IPTV ?”, “Combien ça coûte ?”, “C’est légal ?”. Autant de questions parfaitement légitimes tant le phénomène prend de l’ampleur.

À la base, il y a ceux qu’on ne voit pas. Ceux qui travaillent en toute discrétion mais qui nous permettent d’avoir accès à des milliers de chaînes internationales. Ce sont des pirates télévisuels. De façon assez schématique, nous pouvons dire que les pirates se branchent sur la sortie HDMI du décodeur. Cette sortie est protégée par un système de protection faillible et est appelée HDCP. Pour enlever cette fameuse protection, il existe de très nombreux systèmes que l’on trouve aisément un peu partout. Par exemple, sur Alibaba, on peut s’en procurer pour une dizaine d’euros. Une fois la sortie trafiquée, les pirates obtiennent le contenu en clair qu’ils transmettent directement sur la toile. C’est de là que part le juteux business de l’IPTV, qui arrange aussi bien les revendeurs que les consommateurs qui n’auront qu’à payer une très faible somme pour avoir accès à des milliers de chaînes en haute qualité.

Pour ces derniers, la démarche est plutôt simple pour accéder à un ensemble de chaînes. Soit ils achètent un code d’activation (abonnement à l’année, voire même à vie) qu’ils intègrent dans une application téléchargée sur ordinateur, TV ou smartphone, ou via un boîtier. La seconde astuce est de passer par une playlist M3U (une liste de liens que l’on se procure sur un site web, que l’on copie-colle sur un lecteur multimédia pour accéder au programme). La méthode est facilement applicable, et les utilisateurs estiment qu’installer l’IPTV est d’une facilité déconcertante. De plus, de nombreux tutoriels sont disponibles sur Youtube pour aider à la mettre en route. 

Alors, pour quelques euros mensuels, vous disposez d’un nombre de chaînes exceptionnel. CANAL+, Netflix, beIN Sports, RMC Sport, Rai Uno et des chaînes du monde entier. En streaming de haute qualité. Une pratique parfaitement illégale, mais ô combien tentante, notamment pour les fans de foot qui doivent se procurer différents abonnements s’ils veulent suivre un championnat.

L’IPTV, tout le foot à moindre coût

Tout le monde n’a pas les moyens de se payer CANAL+, Eurosport, beIN Sports, RMC Sport ainsi que Mediapro, chaînes sur lesquelles seront diffusées le football dans les prochaines années. Alors, plutôt que de tenter de trouver un match en streaming -tout autant illégal, et souvent de mauvaise qualité-, l’IPTV semble la solution “facile” pour les fans de foot. Une solution à pas cher.

Encore méconnue il y a peu, cette pratique devient clairement en vogue chez les footeux. Les diffuseurs TV étant de plus en plus nombreux, les fins de mois étant compliqués, l’astuce est toute trouvée. Pour une année complète de football et de sport en tout genre, il est possible de se procurer toutes les chaînes dédiées pour moins de 100 euros… Par an. Alors que pour bénéficier de toutes ces chaînes en optant pour un abonnement chacun, ce serait quasiment le prix, mais pour un mois seulement.

Rien que pour suivre la Ligue 1 Conforama, il faudrait avoir : CANAL+, CANAL+ Sport, beIN Sports et Mediapro dès la saison 2020/2021. Ajoutez à cela la Ligue des Champions sur RMC Sport, la Coupe de France sur Eurosport et toutes les autres compétitions disponibles. 

La saison prochaine (2020-2021) :

Mediapro

  • 8 affiches de L1 par journée.
  • 8 affiches de L2 par journée.

Canal +

  • Le championnat anglais.

BeIN Sports

  • 2 affiches de L1 par journée
  • Les championnats espagnol, italien et allemand.

RMC Sport

  • La Ligue des champions.
  • La Ligue Europa.
  • Le championnat anglais.

TF1/M6

  • L’équipe de France.

Comment est-on passé du streaming à l’IPTV illégale ?

L’acquisition par RMC Sport de la Ligue des Champions et de l’Europa League a été un tournant, et a largement contribué à l’explosion de l’IPTV en France. Plutôt que de se casser la tête à chercher un streaming de mauvaise qualité, qui rame régulièrement, le consommateur français a voulu avoir plus de confort, ce qu’apporte l’IPTV. Une recherche de tranquillité chez le consommateur qui a fait grandir l’acquisition d’IPTV. Plus de demandes, plus d’offres

De quoi régaler les pirates et les revendeurs. Le travail de ces derniers est de “vendre” des codes d’activation ou des boîtiers en accompagnant le client dans le monde merveilleux de l’IPTV. 

Les pirates, à l’origine du trafic, sont parfois des organisations considérées comme mafieuses voire criminelles. Les infrastructures sont conséquentes. Pour avoir la capacité de diffuser ces flux à des milliers d’abonnés, il faut des serveurs suffisamment puissants. 

Pour contrer la montée du phénomène, les Ligues s’activent pour trouver des solutions. Pas forcément évident tellement la toile est étendue mondialement. La ligue espagnole a par exemple démantelé 20 plateformes d’IPTV illégale. En France, en revanche, le problème est encore moins d’actualité chez les autorités, qui s’attèlent davantage à stopper le streaming. Actuellement, les autorités sont davantage dans la mesure de l’ampleur de phénomène IPTV en France, plus que dans la répression. Le phénomène grandit, mais n’est pas à la hauteur de ce que connaissent certains de nos voisins européens.

Une bataille entre les différents partis

Comme dans une partie de football, nous pouvons considérer qu’il y a un match entre les pirates et les consommateurs d’un côté, la Ligue et les chaînes TV de l’autre. L’offre de football n’a jamais été aussi éclatée en France avec tous les médias déjà évoqués, et ce n’est pas prêt de s’arranger. C’est un véritable fossé qui se creuse entre les deux clans. Les fans ne veulent plus surpayer leurs abonnements, tandis que les chaînes se livrent une guerre pour l’obtention des droits TV avec des montants qui ne font que croître… Pour le plus grand plaisir des championnats européens. Mais si les consommateurs se détournent de ces abonnements, les revenus seront moindres pour les chaînes, qui ne surpaieront plus pour s’octroyer les droits TV. Ce qui aura pour conséquence : moins d’argent pour les clubs, moins de grands joueurs, moins de spectacle… Tout le monde serait perdant dans l’histoire. 

Pour l’économie du foot professionnel, il serait alors de bon ton de trouver un terrain d’entente. Le football étant étroitement lié aux droits TV, les clubs ne peuvent s’en passer. Difficile de savoir jusqu’où le phénomène peut aller. Ce qui est sûr, c’est qu’en continuant ainsi, l’IPTV pourrait être un élément très perturbateur du paysage audiovisuel et sportif français.